Je ne sais pas encore ce que je veux faire ...

... quand je serai grande. Ces mots qui me sont souvent venus comme une boutade, voici que je vous les confie maitenant que je quitte la Maison du Livre et que nos vies, d’une certaine façon, se séparent.

Vous qui lisez peut-être ces derniers mots que je vous écris dans "Debouts les Mots !", sachez combien, si abstraite soit la somme de vos individualités, vous avez depuis 22 ans, été mon moteur et le sens de mon travail à la Maison du Livre. Je voudrais vous remercier d’avoir répondu présents à nos propositions, de nous en avoir fait d’aussi riches, de vous être emparé.e.s de cet espace et d’avoir, pour certain.e.s, noué un lien si bienveillant avec la maison qu’elle est devenue vôtre.

Je voudrais dire aussi toute ma reconnaissance à mes collègues, qui ont construit ce lieu avec moi et m’ont permis, obligée, aidée à grandir comme directrice. On ne naît pas directrice, on le devient au fil du temps, sur le champ des manoeuvres, en découvrant et en nourrissant sa légitimité à force de formations, de supervisions, d’écoute, de conflits, de crises, de cauchemars, et quand on a passé toutes ces étapes, on découvre enfin, apaisée, qu’humilité, intelligence collaborative et enthousiasmes partagés sont les meilleurs garants d’un travail de qualité, dans plus d’équilibre et de sérénité. Je quitte une équipe forte et soudée, quelle chance, quel bonheur et oui, quelle fierté !

Je ne peux pas vous citer toutes et tous, qui m’avez tant soutenue, écoutée, parfois mise en garde, critiquée (positivement), encouragée, accompagnée dans le meilleur sens du terme. Ami.e.s, partenaires, invité.e.s, artistes, acteur.trices du monde du livre ou de l’éducation permanente, sans vous, sans toi qui te reconnaîtras, l’aventure n’aurait pas été aussi belle !

Je ne sais pas encore ce que je veux faire quand je serai grande, vous disais-je en commençant cette lettre. Sans doute suis-je devenue grande, puisque je m’en vais explorer d’autres identités, en d’autres goûts, capacités et solidarités.

Et maintenant, tandis que le CA procède au recrutement de la nouvelle direction, usant du privilège de ma subjectivité, je vous laisse en compagnie d’un petit livre extraordinaire, publié en 2018 aux éditions Esperluète dasn la collection orbe : "Activer les possibles" de la philosophe des sciences Isabelle Stengers, dont le métier et de lire d’être transformée par ce que je lis. Dans cet entretien, Isabelle interroge notamment sa, et dès lors, notre capacité de sentir un texte et den ous en nourrir pour en construire une pensée qui transforme le monde. En voici un extrait qui m’habite pour longtemps.

Pour nous, vivre issu d’un désastre qui continue, c’est apprendre l’humilité, apprendre à recommencer, à récupérer des morceaux d’intelligence, des morceaux de faire ensemble. Il ne faut pas attendre les lendemains qui chantent, il faut faire pousser des petites choses très humbles, il faut repeupler le paysage.

Joëlle Baumerder

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