Édito

Un peu comme la crise économique, elle n’en finit pas cette crise sanitaire. Nous ne sommes pas sorties de l’auberge ! L’expression est intéressante. Si l’on excepte celle de Peyrebeille, qui a inspiré la littérature et le cinéma sous le nom d’Auberge rouge ou sanglante, et celle du Malentendu de Camus, le lieu se veut plutôt accueillant. Certes, il la monnaye mais il a bien trait à l’hospitalité qui nous est précieuse – et pour le moment suspendue – à la Maison du Livre. C’est du côté de l’argot que s’explique l’expression. L’auberge y désigne la prison, une forme assez implacable de confinement. Dans le langage dominant de l’époque, il serait plus approprié de dire : nous ne sommes pas tirés d’affaires. Nous préférons néanmoins le langage populaire des malfrats et autres parias ou minoritaires qui a tant à nous apprendre et pourra nous surprendre. Et d’expressions en associations libres, pensant aux ravages de la vieille grippe, nous reprendrons la formule à seulement la rallonger : nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole. Nous n’y mangeons que ce que nous apportons et partageons.

Cette programmation de début d’année, fragile et incertaine, est motivée par l’appétit et le besoin de maintenir le lien des phrases pour tenir la distance, de partager des nourritures terrestres et intellectuelles pour supporter le confinement, de projeter des espoirs pour traverser les séparations. Davantage que des rendez-vous précis, vous y trouverez des présentations de projets, des intentions déjà bien affinées de faire face au futur avec l’engagement et la légèreté, le réalisme et le surréalisme, la lucidité et le rêve, l’esprit critique et la douce folie qu’on retrouve dans la diversité des livres, la puissance des mots et les ouvertures de notre Maison. Les seules dates arrêtées sont celles des ateliers qui se tiendront en virtuel - comme c’est le cas actuellement - ou en présentiel - comme nous le souhaitons vivement - en fonction des convulsions sanitaires. Notre publication trimestrielle sous forme papier ne se suffira pas à elle-même. Elle se complétera par d’autres médias. Pour vous tenir au courant de la concrétisation de nos propositions et pour remplacer certaines rencontres, nous utiliserons l’Internet mais également la radio. Et si la mise en quarantaine culturelle se maintient exagérément, nous recourrons encore à notre arme préférée pour vous inviter à prendre part à l’agitation des idées, le bouillonnement de l’imagination et le foisonnement des luttes : l’écriture.

Mathieu Bietlot

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